Le sens de la vie communautaire : de la communauté à la Communion

Communauté de l'Arche de St. Antoine L'Abbaye

 

Le principe communautaire est de mettre en commun ce que l'on a et ce que l'on est pour le partager selon les besoins de chacun et, en général, pour le mettre au service d'une cause, d'un projet, d'un idéal.

 

Il arrive qu'une communauté en reste au partage de ce que l'on a. Le plus souvent d'ailleurs c'est par là qu'on commence: on a des biens qu'on veut partager par souci de justice; on a des idées, des projets; on a une vocation ...

 

On peut tenir un certain nombre d'années sur cette base et sur cet élan.

Les membres de la communauté peuvent même y trouver un épanouissement certain en y développant leurs talents, leurs charismes, leur personnalité. Mais c'est ainsi que certains en arrivent à prendre trop. de place, et d'autres à partir parce qu'ils ne se sentent pas suffisamment reconnus.

 

Des communautés peuvent mourir de la réussite de leurs membres ou de leurs prétentions individuelles, aussi facilement que de leurs faiblesses. C'est pourquoi il arrive un moment où il est vital de choisir et de passer, comme le dit Jean Vanier, de la communauté pour moi à moi pour la communauté"

Alors vient la communion qui est essentiellement partage de ce que l'on est, partage de ce qui, en nous, est de l'ordre de l'être.

L'Etre, pour le croyant, c'est Dieu. Or Dieu est communion. C'est du moins ce que nous révèle de lui la plus belle image qu'il nous soit donné de contempler : l'icône de la Trinité.

 

Image et réalité dans la foi - qui nous enseigne que l'unité et la communion ne sont pas dans la fusion mais dans la qualité de la relation entre les personnes et dans la qualité de leur présence, non seulement l'une à l'autre mais à tous ceux qui les approchent.

Cette qualité de la relation et de la présence est due, de toute évidence - et c'est presque palpable dans l'icône de la Trinité - , à une circulation ininterrompue de l'amour.

Si nous entrons dans cette vision (elle est chrétienne mais nous la trouvons dans d'autres traditions) il me semble que la question pratique qui se pose pour nos communautés ( mais aussi pour tous le monde ) est celle-ci : " Comment pouvons-nous à la fois, être pleinement personne et être pleinement communion ?"


Si nous voulons trouver des réponses à cette double question et entrer dans le partage de l'être, je crois que nous devons faire de nos communautés des lieux privilégiés où l'on apprenne à conjuguer le verbe être, le verbe que Dieu conjugue au présent:

Je suis celui qui suis

Tu es mon fils bien-aimé

Le Père et moi nous sommes un.

 

A notre échelle humaine, je dirais que nous sommes invités:

- au "je suis" de notre vérité et de notre liberté,

- au "tu es" de la justice et de l'égalité

- au "nous sommes" de la relation et de l'unité.

J'aurais presque pu dire liberté, fraternité, égalité, pour reprendre la remarquable devise révolutionnaire, mais je veux parler de communion et pas seulement de communauté. Je veux dire par là qu'au delà du "nous sommes" de la fraternité nous pouvons faire de la communauté la 3ème personne de notre dimension trinitaire, celle qui naît d'une circulation ininterrompue de l'amour entre moi, l'autre et le Tout - Autre .


J'en arrive maintenant au premier aspect de la question que je posais tout à l'heure: Comment la communauté peut-elle faire que chacun soit pleinement une personne?

Je crois qu il faut commencer par reconnaître que la personne est indispensable au couple, à la famille, à la communauté comme elle est indispensable à la Trinité.

Ce qui me fait dire souvent que la personne est première. C'est dans le sens où elle est l'élément premier de la communion. Mais c'est évident que la communauté n'est possible, et donc la communion, que si la personne - et avec elle le couple et la famille - adhère pleinement au projet et au vécu particulier de la communauté et si chacun est bien décidé à entrer dans la circulation de l'amour.

Le choix de vivre en communauté est par dessus tout une histoire d'amour

Comme toutes les histoires d'amour, çà commence par une rencontre, une révélation, un émerveillement, d'où vont naître une aspiration, un désir, un élan, quelque chose comme un rêve un peu fou à réaliser ensemble.

C'est très important de commencer dans l'enthousiasme (la joie de Dieu en nous). Même s'il faut accepter par la suite, comme dans toutes les histoires d'amour, que la réalité diffère un peu du rêve.

 

L'une des réalités c'est la vocation propre à chaque communauté et sa manière de la vivre. Si bien que la première chose pour la personne c'est d'être à sa place dans telle ou telle communauté, (d'où la juste exigence d'une entrée progressive: rencontres préliminaires, stages, postulat...) On n'entre pas en communauté, en tous les cas pas dans une communauté comme la nôtre, sur la seule motivation de vivre en communauté. Et encore moins pour fuir le monde. On n'entre pas non plus dans une communauté avec l'idée de la changer.

Ce qui n'implique nullement qu'une communauté soit une société bloquée.

 

Comme les personnes - et par les personnes - les communautés vivantes évoluent. Il faut que les anciens le sachent et, comme les nouveaux, se laissent "altérer", dans le sens de devenir autres avec les autres.

Ces deux attitudes sont vitales pour la communion (et le contraire est mortel):

L'acceptation par ceux qui entrent de s'insérer loyalement et humblement dans une histoire. L'acceptation par ceux qui sont déjà là que l'histoire puisse continuer autrement.

Une communauté se doit de rester en fondation.

Alors elle fait mieux que changer, on peut dire qu'elle se transfigure, au fur et à mesure que chaque personne est transfigurée.

Il ne s'agit pas pour autant - ou très rarement - de remettre en question les grandes orientations nées de l'intuition première, ou d'affadir le message s'il y en a un (comme nous pour la non-violence), mais de tenir compte des charismes et des possibilités réelles de chacun et surtout de permettre à l'Esprit de Souffler


Mais revenons au "je suis" de la personne.

Il est en nous comme une infime semence, et c'est une chance que nous nous soyons sentis appelés - ou poussés - vers telle ou telle communauté: une terre nous a été ouverte pour y grandir.

Cependant, à l'intérieur d'une vocation commune à tous les hommes: celle de grandir en humanité, à l'intérieur d'une vocation communautaire qui peut faire grandir l'humanité, chacun est unique.

Je dois donc prendre la peine de découvrir ce que je suis et d'accueillir ce qu'est l'autre.

Je dis "prendre la peine" parce que c'est un travail.

 

Nous sommes généralement très mal informés ou désinformés sur nous-mêmes et sur les autres, du fait de toutes sortes de conditionnements, de blocages, d'entraînements et d'enchaînements qui ne nous laissent souvent que la liberté de la plume au vent. La véritable liberté c'est l'obéissance à ma propre loi, celle qui découle de ce pour quoi je suis fait.

Telle est aussi la liberté de l'autre et c'est la base de l'égalité. La fraternité naîtra de la compréhension et de l'ajustement de toutes ces libertés.

La communauté doit faire de nous des êtres libres mais fraternels.


La connaissance de soi en vue de l'exercice de notre liberté passe par une libération des conditionnements dont je parlais à l'instant. C'est le sens de la purification.

La purification passe par l'ascèse.

Le mot peut faire peur ou paraître rébarbatif mais il ne signifie rien d'autre qu'exercice.

Vous savez, le simple fait de vivre en communauté est l'occasion inévitable d'efforts et de contrariétés et le simple choix, par exemple, du sourire dans le quotidien est déjà une ascèse de qualité (et pas du tout rébarbative!)

En même temps on apprend beaucoup sur soi-même en se frottant les uns aux. autres.

 

Une autre ascèse dans le quotidien c'est l'obéissance aux règles communautaires. Ah, les règles!

Certains rêvent de se passer de règles et c'est vrai que les structures, si on n'y prend pas garde, pourraient n'être que squelettes ou carcan.

Nous avons posé un jour à Shantidas cette question de la règle. Il nous a répondu à peu près ceci : considérez la règle comme cet étranglement que l'on pose sur une canalisation pour obtenir la beauté du jet d'eau.

C'est comme le jaillissement d'un chant de louange...

J'ajouterai, plus prosaïquement, qu'on peut aussi considérer la règle comme la canalisation elle-même qui amène l'eau là où quelqu'un a soif, Là où quelqu'un a besoin d'être lavé.

 

La règle a donc un sens dans une communauté pourvu qu'elle conduise à une maîtrise de soi qui fasse de nous des meilleurs instruments de la beauté, de la charité, de la sainteté. Elle contribue à la construction de la personne.


Cependant la règle et les relations communautaires ne sont que des moyens extérieurs de la connaissance de soi.

Le soi est en soi.

Il faut l'y chercher. C'est le rôle privilégié de la méditation.

Je n'en parlerai pas ici parce qu'elle fait l'objet d'un enseignement.

Je rappellerai seulement que méditer vient de med-itari, se laisser conduire au centre, au cœur, là où nous avons rendez-vous avec l'Esprit qui est, Lui, pleinement personne et pleinement communion.

Je ne parlerai pas non plus du "rappel" sinon pour redire que c'est fondamental pour devenir un être humain et libre.

C'est un geste de libération.

Autant de fois nous le faisons dans la journée, autant de fois la chaîne est rompue des enchaînements, des habitudes, des inconsciences.

C'est aussi un geste de communion. Comme la méditation il nous rebranche sur la vie qui nous habite, la Vie avec un grand V, celle qui habite aussi nos frères et soeurs.


Shantidas disait de la vérité : c'est le dehors comme le dedans.

Je crois que c'est cela être pleinement une personne.

Ce qui ne veut pas dire qu'i1 faut en être arrivé là pour entrer dans la communion.

La communion commence aussitôt que nous reconnaissons le "tu es" de la vérité et donc de la liberté de l'autre.

Une vérité et une liberté qui coulent de la même source. Ce qui fait que chacun de nous est à la fois unique et le même.

C'est à ce niveau que se situe l'égalité, dans un état de justice qu'on pourrait définir comme l'ajustement à la vérité.

Rien n'empêchera en effet les inégalités physiques, intellectuelles, culturelles. Injustices évidentes qui ne cessent d'être des injustices qu'une fois dépassées.

Elles sont dépassées si chacun est reconnu dans ce qu'il a de meilleur et accueilli dans ce qu'il a de pire, si chacun est accepté là où il en est de son cheminement, si chacun se sent solidaire du cheminement de l'autre.

Nous touchons ici à l'une des sources des difficultés communautaires, des difficultés de la communion.

C'est en effet le meilleur de l'autre qui nous interpelle dans nos manques et nous dérange dans le ron-ron de nos médiocrités.

D'où l'impression parfois que le talent de l'autre nous écrase ou nous fait de l'ombre, d'où la sensation d'étouffer ou d'éteindre le meilleur de l'autre.

Quant aux limites de l'autre, elles nous agacent mais parfois nous réjouissent parce qu'elles nous rehaussent à nos propres yeux, tandis que nos limites à nous nous humilient.

 

Ce sont des pièges qu'on ne pourra éviter qu'en nous tournant résolument vers le "nous sommes" de la communion.


Pour ce "nous sommes", rappelons-nous les trois personnes distinctes de la Trinité.

Dans une communauté les deux premières personnes c'est le moi et le toi.

Je ne dis pas moi et les autres comme on est tenté de le penser souvent.

Je dis moi et chacun des autres ...

Car chacun des autres est une personne comme moi, et moi une personne pour chacun des autres.

Je crois important de se situer ainsi, de façon à ce que personne ne soit comme dilué dans une espèce de magma communautaire.

La communauté n'est pas la somme des personnes que la composent. Elle est la 3ème. personne de notre dimension trinitaire, celle qui naît de la présence du Tout Autre dans notre relation de l'un à l'autre.


Bien prendre conscience de cette dimension trinitaire est la clé de l'introduction à la communion.

Reste à la réaliser!

 

Comment être vraiment moi et l'autre vraiment lui tout en étant pleinement communion?

Comment faire concrètement?

Multiples sont les réponses certainement, et aussi variées que les communautés

Certaines me semblent valables pour tous.

L'une de ces réponses je la vois dans le souci de donner à nos gestes du quotidien leur dimension de communion.

 

Je m'explique à partir d'un exemple de notre propre tradition communautaire

C'est l'usage après la prière du matin et du soir de se donner le baiser de paix, signe sensible de la circulation de l'amour.

Mais si nous voulons que rien ne bloque ou ne ralentisse cette circulation, nous sommes conduits à un travail sur nous même pour peu que nous ne soyons pas en sympathie ou pas très à l'aise avec telle ou telle personne.

Nous serons conduits également - avant ou après - à un travail de réconciliation avec l'autre, pour peu que le baiser ne soit pas de trahison.

On peut aisément transposer aux baisers qu'on se donne en couple, en famille.

On peut transposer à tous les serrements de mains, à tous les bonjours, les bonsoirs et les au revoir trop souvent distraits. Quoi de plus pénible qu'une main tendue par quelqu'un qui regarde ailleurs ?

 

D'où l'importance du regard qu'on se donne dans de tels moments, signe de notre présence à nous même et à l'autre, et partage de la lumière qui habite l'un et l'autre.

Il nous arrive de remplacer le baiser de paix ( le vendredi par exemple pour ne pas rompre le silence) par le salut oriental des deux mains jointes. C'est le salut à la présence de Dieu en l'autre.

C'est la reconnaissance de l'autre, quel qu'il soit, comme présence de Dieu.

L'autre est toujours présence de Dieu.

C'est très beau et c'est très fort car nous touchons ici au véritable fondement de l'égalité entre les hommes.

 

C'est le sens profond d'un autre geste qui nous est familier: celui de se déchausser avant d'entrer dans une salle commune et parfois les uns chez les autres.

Ce geste on peut le vivre comme rien de plus qu'une modalité pratique pour ne pas salir.

On peut aller plus loin et marquer ainsi notre respect pour le travail qui a été fait et donc pour celles et ceux qui l'ont fait.

Mais pourquoi donc est-ce aussi le geste du musulman avant d'entrer dans une mosquée?

Ce fut avant cela le geste de Moïse devant le buisson ardent quand une voix lui dit "Ote d'abord tes sandales!".

Oter ses sandales c'est se mettre dans une attitude de respect et d'humilité pour approcher tous ces buissons ardents que sont nos frères et soeurs en communauté. De même nos hôtes de passage et de même tous ceux dont nous sommes les hôtes.

Dans le même esprit on pourrait revoir le repas, la prière et tous les gestes que nous répétons chaque jour trop machinalement. Attachons-nous à leur donner leur dimension d communion.


Ceci dit, je vois quatre choses indispensables à l'esprit de communion:

la conciliation

la réconciliation

la fête

la grâce

 

 

La conciliation

 

Ici interviennent les vertus de l'écoute et de la communication.

Je n'en parlerai pas car les techniques en sont assez répandues et beaucoup les connaissent.

Je dirai seulement l'importance d'instituer des temps de partage.

Je dis bien "instituer".

Je suis pourtant plutôt allergique aux institutions mais je sais que les bonnes résolutions ne tiennent pas si on s'en remet à la seule spontanéité (dont tout le monde n'est pas capable d'ailleurs ) ou si l'on attend d'avoir le temps.

Le temps il faut le prendre et "le temps passé à s'accorder n'est pas du temps perdu" ( Lanza del Vasto).

Restera posé malgré tout le problème de la décision et de l'autorité.

 

A la communauté nous avons choisi le consensus comme forme prioritaire de prendre nos décisions. Ce qui implique que nous devons nous écouter en profondeur pour pouvoir nous mettre d'accord. Nous vivons cela comme un abandon à l'Esprit, grâce à l'abandon par chacun de sa volonté propre.

C'est une expérience de communion.

 

Je dirai tout de même un mot du compromis.

"mon amour même de la vérité, disait Gandhi, m'a fait aimer la beauté du compromis".

La beauté du compromis c'est qu'un pas soit fait, le pas que nous sommes capables de faire aujourd'hui, ensemble.

La beauté du compromis c'est qu'il contient le mot promesse.

Le compromis doit être à la fois un pas vers l'autre et un pas en avant.

Le compromis c'est l'art du possible.


Réconciliation et pardon

 

On n'est jamais assez communautaires ou assez en communion pour éviter tous les conflits et toutes les maladresses.

Un jour ou l'autre on fera mal à quelqu'un et quelqu'un nous fera mal.

Atteinte à la communion...

Il faut alors panser les blessures. Et c'est urgent si on ne veut pas que la plaie s'envenime.

C'est une urgence d'aller trouver la personne pour dire qu'on a eu mal ou pour demander pardon d'avoir fait mal.

Je pense inutile de rappeler qu'on doit éviter de faire d'une souffrance personnelle un drame communautaire.

Ce qui n'exclut pas de faire appel au besoin à un médiateur ou une médiatrice en qui les deux parties ont confiance.

A noter que nous pouvons tous être, sans en avoir le titre, une manière de médiateur ou médiatrice en nous faisant les défenseurs les uns des autres.

Savez-vous que c'est l'un des signes de la présence de l'Esprit dans une communauté ?

Du moins je le vois ainsi en pensant à la fin de l'évangile de Jean: "Je vous enverrai le Paraclet". Paraclet veut dire avocat ...

Indépendamment de tous les pardons individuels, il nous a semblé bon, à St. Antoine, de donner à la réconciliation une dimension communautaire. C'est pour cette raison que nous avons "institué" avant chacune des 4 grandes fêtes des 4 points cardinaux de l'année (Noël, Pâques, la St. Jean, la St. Michel) une célébration de réconciliation, afin que la fête, expression de la communion, soit déjà dans les cœurs.


La fête

 

Shantidas disait de la fête: c'est la célébration de l'unité. Il disait aussi: la fête c'est le travail de Dieu.

Les deux définitions disent l'essentiel de la fête communautaire, qui n'est pas simple distraction mais célébration.

Célébration de notre raison d'être et notre raison d'être ensemble. Nous aurons l'occasion de revenir sur le pourquoi de nos fêtes mais soyons très attentifs au "comment" de la fête.

 

Je crois que la qualité de nos fêtes, même spontanées, est le fruit d'un travail d'unité:

- à partir des réconciliations et des purifications,

- à partir de la compréhension du "pourquoi" de la fête et de ses symboles,

- à partir des chants et des pas de danse appris ensemble,

- à partir d'une recherche de beauté dans le décor et la tenue,

- à partir de liturgies qu'on peut inventer,

- à partir d'un repas où nous serons vraiment "des convives", des gens qui vivent des choses ensemble.

La vie communautaire, pour être communion, doit préparer à la fête.


La grâce

 

La grâce c'est ce qui nous est donné et ce que nous donnons "en plus".

Je crois que l'état de grâce est lié à l'état de communion.

Dans la tradition chrétienne, communier c'est recevoir Dieu en nourriture pour entretenir en nous la vie divine, mais toute nourriture est vie de Dieu et tout est nourriture.

 

Puissions-nous dire comme Teilhard de Chardin: "Je sens l'être par tout et ça me nourrit".

Pour Alphonse Goettmann sentir cela est l'un des critères qui nous fait mesurer que nous sommes sur la voie.

Sans même être chrétien, ni croyant, c'est une évidence que nous recevons toujours la vie d'un autre vivant.

Notre corps physique se nourrit des fruits de la terre et des énergies de l'eau, de l'air et du feu. Il vit de communion avec la nature.

Notre corps psychique, notre âme, se nourrit de la relation aux autres. Notre vie affective et aussi intellectuelle est faite de communion avec les autres vivants.

Notre corps spirituel va se nourrir de notre relation au Tout Autre, à celui que nous appelons Dieu ou que nous n'appelons pas mais qui est.

Notre relation au Tout Autre n'est pas seulement dans la prière et la méditation car la Vie, avec un grand V, est déjà dans notre communion à la nature et aux autres.

 

C'est par communion que nous existons en tant que personne mais c'est en donnant de notre personne que nous serons communion.

Pour vivre pleinement il faut rendre grâce et c'est tout le sens de rendre service, c'est le secret de la circulation ininterrompue de l'amour: partager la vie.

C'est cela être présent au présent, au double sens du mot présent : celui de l'attention et de l'accueil et celui du don: se donner en cadeau.

Vécue dans cet esprit la vie communautaire sera chemin de communion.

 

Un dernier regard sur l'icône de la Trinité.

Nous voyons que c'est un cercle ouvert.

La communauté est comme l'enfant de nos relations et comme les enfants selon la chair, elle n'est pas pour nous.

Elle est née dans le monde et pour le monde dans lequel nous vivons; non seulement de par sa mission de non-violence mais, plus profondément, pour garder le monde dans l'amour.

 

Cette causerie a été écrite par Charles Legland, qui a fait partie de l'équipe de fondation de la communauté et qui jusqu'à sa mort, en février 2002, a eu comme charge principale la transmission du sens de la vie communautaire.